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La gazette patriote

La gazette patriote

Le bloc-notes politique de Daniel Philippot Conseiller Régional "Les Patriotes" - Hauts-de-France

Le grand malaise du FN

Le grand malaise du FN

L’histoire retiendra que le 3 mai 2017 la machine à gagner du FN s’est enrayée. Cette mécanique bien huilée par la "ligne Philippot" s’est totalement déréglée par la faute de la candidate finaliste qui a anéanti des années de travail.

 

Ce jour-là, en deux heures et demi de débat, face à Emmanuel Macron, Marine Le Pen a montré toutes ses insuffisances. Entre approximations, coups bas, mensonges, incapacité de parler de son programme, erreurs voire craquage total, la prestation de la présidente du FN restera comme l'une des plus indigentes de la Ve République.

En un débat, Marine Le Pen a perdu sa crédibilité à gouverner la France.

« Le FN est sorti de la séquence présidentielle-législatives avec le plein de voix, mais a paradoxalement échoué dans sa stratégie de transformer le vieux parti d’extrême droite en parti de gouvernement », avance Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS.

Les instituts de sondage estiment que la piètre prestation de Marine Le Pen lui a fait perdre 6 à 7% d’électeurs et plusieurs dizaines de députés. Le parti et Marine le Pen en sont sortis sonnés.

« Cet échec a réactivé des tensions déjà perceptibles sur la ligne politique et Marine Le Pen est sortie affaiblie de cette séquence », poursuit Gilles Ivaldi.

 

Incapables de faire une véritable introspection, certains cadres dont beaucoup d’entre eux sont d’anciens mégretistes, ont profité de l’affaiblissement de la présidente pour recentrer le discours sur le triptyque fondateur du parti : immigration, sécurité, identité.

 


"Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille".

 

Cette élégante formule de Jacques Chirac, Marine Le Pen pourrait la reprendre à son compte, tant les nuages s’amoncellent dans le ciel du FN.

En septembre, Florian Philippot claque la porte entraînant dans son sillage deux autres euro-députés, une trentaine de conseillers régionaux, une centaine d’élus municipaux et tout récemment, le député José Evrard.

La contestation se traduit aussi en interne. L’élu frontiste historique, Eric Dillies, se porte candidat à la présidence du parti. Il en est empêché par la date de dépôt des candidatures, décision purement réglementaire et non statutaire.

A Marine Le Pen qui écrit que « rien ne va mal au FN », Eric Dillies réplique dans une lettre ouverte : « La base et les cadres de terrain n’ont jamais été écoutés. (…) Une chose malheureusement n’a pas changé : les méthodes de management, toujours les mêmes, verticales, autoritaires, à sens unique du haut vers le bas… Le questionnaire que tu imposes n’est pas un dialogue avec la base, mais un énième monologue avec tes « conseillers »… Tout va si bien que nos cadres nous quittent. Tout va si bien que les ré-adhésions sont en chute libre. Tout va si bien que nos électeurs ont de moins en moins envie de t’écouter lors de tes émissions. 
Ce qui est navrant, c’est de faire comme si rien ne s’était passé. Comme si les 20 millions de Français qui ont regardé le débat de l’entre-deux-tours n’avaient jamais existé. Comme si le débat lui-même n’avait jamais existé… »

 

 

Un revirement spectaculaire

 

Pour se sortir de cet automne pourri, les cadres du FN s’évertuent à convaincre Marine Le Pen de procéder à un revirement spectaculaire sur sa vision de l’Union européenne et la souveraineté monétaire.

Les déclarations s’enchaînent. Début septembre, Marine Le Pen affirme que la sortie de l'euro n'était plus un « préalable », ouvrant ainsi la voie à une refonte de sa doctrine européenne. Début novembre, dans des confidences à l'hebdomadaire Valeurs Actuelles, elle estime que « dans de nombreux domaines, on peut améliorer la vie quotidienne des Français sans quitter l'Europe ni l'euro ».

Le revirement est spectaculaire. Jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle, elle ne cessait de répéter : « Si je suis élue présidente de la République, je m'engagerai auprès des Français à organiser, dans les six mois, un référendum sur la sortie de l'Union européenne. Durant ces six mois, j'irai auprès des instances européennes pour négocier le retour en France de quatre souverainetés essentielles: territoriale, monétaire, législative et économique. Ensuite, soit l'Union européenne rend au peuple français ces quatre éléments, soit elle refuse et je demanderai alors aux Français de voter oui au référendum pour sortir de l'UE. » 

Elle affirmait même qu’en cas de résultat négatif au référendum, elle n’hésiterait pas à quitter l'Élysée : « Si les Français votent non, je partirai car je ne leur ferai jamais une promesse que je ne suis pas capable de tenir. Je veux leur dire clairement que rien ne peut changer si nous ne retrouvons pas la liberté d'être maîtres de notre destinée. Mais, comme le général de Gaulle, je les préviendrai. Il y a encore des gens de cette trempe en France ! Moi, je veux le pouvoir pour changer les choses. »

 

Aujourd’hui, Nicolas Bay déclare sur Europe1 : « il y aura une question qui se posera peut-être un jour, mais qui n’est pas centrale et qui n’est pas prioritaire, qui est de savoir s’il faudrait retrouver une monnaie nationale ou peut-être même anticiper un euro qui ne serait pas viable dans la durée… La question se posera dans les mois, dans les années qui viennent, à l’occasion des échéances électorales successives. »

 

Cependant, les cadres du FN continuent de nier tout changement de ligne. Ainsi, Sébastien Chenu écrit, sans rire, dans un tweet : « Quel changement ? Sommes les seuls hostiles à l’Union européenne ! Le Frexit = 1 % d’adhésion. »

 

Dans un communiqué officiel, le FN déclare : «Retrouver, de manière successive et sur la durée d’un quinquennat, nos différentes souverainetés, en commençant prioritairement par la souveraineté territoriale et donc la maîtrise de nos frontières migratoires et commerciales. »

 

Il s’agit donc de réformer l’Union européenne de l’intérieur. Ce qui était encore totalement impossible il y a moins de 6 mois, devient subitement chose aisée à négocier. Jamais la moindre explication n’est fournie sur la méthode employée pour y parvenir. Le flou règne. La langue de bois s’impose. D’autant plus facilement qu’aucun journaliste n’a la présence d’esprit de poser la question du « comment faire »…

Quand l’on s’étonne de pouvoir maîtriser la pression migratoire en restant dans l’Union européenne, la réponse fuse, simpliste : « C’est possible. La Pologne et la Hongrie l’ont prouvé. »
Cet argument est un peu court lorsque l’on sait que
la Commission européenne a décidé de renvoyer la Hongrie, la République tchèque et la Pologne devant la Cour de Justice de l’Union européenne. Les trois Etats sont accusés de ne pas remplir leurs obligations en matière d’accueil des réfugiés.

« Nous renvoyons la Hongrie, la République tchèque et la Pologne devant la justice car même après nos avertissements, elles n’ont donné aucun signe qui laisse penser qu’elles respecteront leurs obligations légales en matière de solidarité avec la Grèce et l’Italie », a déclaré Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission européenne.

Un deuxième recours frappe également la Hongrie pour sa loi sur les ONG. Elle impose des contraintes aux associations qui bénéficient de financements étrangers. Une mesure disproportionnée, qui viole le droit à la liberté d’association, selon la Commission.

Budapest est également pointé du doigt pour sa loi sur l’enseignement supérieur qui restreint le fonctionnement des universités de l’Union selon la Commission européenne.

Les dirigeants du FN savent parfaitement qu’il n’est pas possible de réformer l’Union européenne de l’intérieur. Ils l’ont suffisamment répété sur toutes les estrades et tous les plateaux de télévision lors des dernières campagnes électorales.

 

 

Un automne pourri

 

La défiance à l’égard du parti et de ses cadres se traduit également dans les instances régionales. Ainsi, dans les Hauts-de-France, 7 voix font défaut au FN pour pourvoir les sièges à la commission permanente. Sur 2 des 4 bulletins nuls émis par les élus FN, le nom de Sébastien Chenu est barré. Le coup est rude pour le Secrétaire départemental et député du Nord, mais aussi porte-parole de Marine Le Pen. Les langues se délient. Sébastien Chenu est décrit par ses « amis » comme «  quelqu’un qui joue sa carte personnelle depuis le début, qui ne respecte pas les élus, critique les autres membres du groupe en leur absence… »

 

Les critiques s’abattent également sur l’absence de stratégie politique au plan national. Le parti n’est plus audible. Il a été incapable de se faire entendre sur la loi travail alors qu’il était censé être le défenseur du monde ouvrier. Pas la moindre conférence de presse, pas un communiqué, pas un amendement. L’absence totale de réactions face à cette première mesure majeure du quinquennat a surpris les observateurs.

« Le jour du débat sur l'aide médicale d'Etat, il n'y avait aucun élu frontiste, à l'exception d'Emmanuelle Ménard (apparentée FN). Alors que c'est leur fonds de commerce ! » s'étonne un parlementaire. »

 

Cette situation commence à agacer jusque dans les rangs frontistes. Entourée de ses plus fidèles lieutenants, son beau-frère Philippe Olivier et les députés Sébastien Chenu et Bruno Bilde. Marine Le Pen se trouve sous le feu des critiques. « Elle vit en vase clos avec sa petite cour. C'est l'exclusivité totale, pire que du temps de Philippot. Elle cherche à se rassurer avec des gens qui lui disent ce qu'elle a envie d'entendre », s'agace un cadre.

 

Les dissensions entre députés éclatent au grand jour. A l'Assemblée nationale Emmanuelle Ménard n’est plus comptée parmi les élus FN. Il est vrai que l’épouse du maire de Béziers multiplie les provocations. Pour elle, « voir flotter aux côtés de notre drapeau tricolore, [...] la bannière européenne constitue un espoir ». Emmanuelle Ménard n'a pas non plus voté contre la loi travail à l'Assemblée mais a préféré s'abstenir.

 

Le FN est également empêtré dans ses problèmes d'argent. Le parti de Marine Le Pen doit fermer ses comptes chez la Société générale, à la demande de la banque. Le FN, impliqué dans plusieurs affaires financières, crie au scandale. Marine Le Pen se dit victime d'une "fatwa bancaire".

 

Le Front national est également éclaboussé dans des affaires de harcèlement sexuel. Dans l’émission « CPolitique » sur France 5, deux hommes accusent un député «  proche incontournable de Marine Le Pen depuis des années  », d’un comportement plus qu’inapproprié : massages, main aux fesses, remarques salaces, invitations insistantes. L’élu, dont l’identité n’a pas été dévoilée, serait     « connu pour ça  », selon les accusateurs, qui ont décidé de porter plainte.

 

 

Absence de stratégie.

 

La refondation apparaît aux yeux de nombreux adhérents comme un événement secondaire n’ayant d’autre vocation que faire oublier les résultats décevants et l’affaiblissement de la présidente.

Dans les rangs frontistes, l'agacement est de plus en plus palpable. « Elle se recroqueville dans son bureau de l’Assemblée avec ceux qui la rassurent ou la font rire », ajoute un de ses fidèles. « C’est faux, elle est en pleine tournée des fédérations », assure pourtant Philippe Olivier, son beau-frère et conseiller. « Une tournée ? Quelle tournée ? Onze dates en six mois, pendant que Wauquiez, lui, enchaîne 60 départements, c’est révélateur », renchérit un cadre. Marine Le Pen sent bien qu’une grande partie des militants ne voit plus en elle une future présidente, et cela affecte sa stratégie.

 

Les adhérents, militants et sympathisants sont d’autant plus désorientés que les résultats ne suivent pas. Ainsi, l’élection territoriale en Corse vire au fiasco pour le FN. Marine Le Pen s’est pourtant personnellement déplacée sur le terrain pour soutenir ses propres candidats. Dans une région où elle était arrivée largement en tête au premier tour de l’élection présidentielle avec 28 % des voix, le scrutin tourne à la déroute. Sa liste arrive en dernière position avec un score divisé par 3 par rapport aux précédentes élections territoriales. Non seulement les candidats FN sont privés de second tour (le seuil de qualification est fixé à 7%), mais ils sont en outre dans l'incapacité de fusionner avec une autre liste (le seuil de fusion est fixé à 5%). Conséquence, il n'y aura aucun représentant du Front national au sein de la nouvelle collectivité unique qui verra le jour le 1er janvier prochain.

 

Enfin, pour couronner le tout, 3 conseillères régionales d’Ile-de-France viennent de claquer la porte du groupe FN qui ne compte plus que 14 membres contre 22 en décembre 2015.

Les trois élues déplorent la "ligne trop ancrée à gauche" du FN, à rebours de leurs convictions de droite. Faudra-t-il encore donner un coup de barre à droite ?

 

Décidément, le FN semble s'enliser dans sa refondation et Marine Le Pen a bien du mal à rebondir.

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